2010 : we’ll be back !
Amis lecteurs et amis blogueurs, je vous souhaite une bonne année 2010 et saisis cette occasion pour vous dire quelques mots sur Vendredi hebdo. Vous le savez, sa parution est suspendue depuis plus de 6 mois aujourd’hui. Je m’en excuse auprès de nos lecteurs et en particulier auprès de nos abonnés. Et bien sûr auprès des centaines de blogueurs de talent que l’équipe de Vendredi eu le plaisir de publier… sur du papier.
Au moment du lancement, j’avais annoncé un besoin de financement de 3 millions d’euros. Les fondateurs, Emmanuel des Moutis et moi, épaulés par Pierre Bergé, ont investi plus du tiers de cette somme. Mais dans cette période difficile pour la presse papier, nous n’avons pas encore trouvé le partenaire auquel nous souhaitions nous associer pour continuer.
La crise grave à laquelle est actuellement confrontée la presse écrite n’est pas seule en cause. Deux autres facteurs ont joué.
Tout d’abord, le concept novateur de Vendredi hebdo n’est pas facile à mettre en musique. J’ai eu la même difficulté avec Courrier International dont les numéros “zéro” et les exemplaires des débuts vous feraient sourire aujourd’hui. Nous avons cherché, tâtonné tout au long de ces 29 premiers numéros de Vendredi. Cela a été passionnant pour l’équipe de journalistes “traditionnels” que nous sommes. Nous avons eu quelques bonnes intuitions, fait pas mal d’erreurs, mais au fil des numéros, nous avons tous été confortés dans l’idée fondatrice du journal : le fait que depuis 2005, le centre de gravité de l’info et du débat d’idées s’était déplacé de la presse vers le Net. Et que Vendredi avait vocation à devenir un hebdo utile et important dans ce nouveau paysage de l’info. Ce d’autant qu’en 2009, les médias traditionnels, et singulièrement la presse, se sont pour la plupart défiés de l’Internet en le traitant par le mépris, la caricature ou en donnant dans la diabolisation bêtasse. On se souvient par exemple de la consternante sortie d’Olivennes sur le “tout à l’égout de l’info”, à l’université d’été du Medef. Ne parlons pas de Joffrin, Duhamel ou Séguéla… Pour les news et les quotidiens, il est effectivement plus facile d’attribuer au Net leur situation financière préoccupante, la baisse de leurs ventes et celle du niveau général de l’info, plutôt que de balayer devant leur porte. En se dressant ensemble contre le Net, télé et presse se sont d’ailleurs retrouvées au côté d’une bonne partie de la classe politique, ce qui n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui stigmatisent la “médiacratie”, plus proche des pouvoirs politique et économique que de ses téléspectateurs et lecteurs. Ces condamnations tous azimuts du Net auront sans doute eu pour effet d’aiguiser un peu plus la méfiance du public et de l’attirer plus nombreux vers les sources alternatives d’information et d’analyse de la Toile. L’objectif de Vendredi est au contraire d’essayer de tisser des liens entre le Net et la presse, d’inventer un média qui se ferait, non seulement à partir du Net, mais avec le Net, devenu la première source d’information pour les “infovores” d’aujourd’hui.
Le second facteur qui a contribué à freiner le développement de Vendredi tient à la conviction largement répandue chez quelques experts autoproclamés que la presse papier est morte. The Economist en 2006, dans un article célèbre, avait prolongé la courbe de la baisse de ventes des journaux et en avait conclu, avec humour, que le dernier journal papier serait produit au premier trimestre de 2043. C’est évidemment plus compliqué que cela, mais en attendant, cela donne du grain à moudre aux prêcheurs mortifères qui semblent tout droit sortis de Tintin et l’étoile mystérieuse. Ils changent du reste chaque année de cible. En 2010, ils annonceront sans doute la fin de la télévision (comme je l’ai imprudemment fait en 1999 lorsque j’ai créé CanalWeb) ou, pourquoi pas, du Net lui-même. Et pourtant, le papier est là pour durer. Un bon bout de temps. Tout simplement parce qu’il est un moyen très spécifique, très particulier de consommation de l’information. Comme le Net ou la radio. Le papier continuera bien sûr d’être secoué par l’onde de choc du Net. Mais il changera. Il s’adaptera et trouvera sa place dans ce nouvel environnement informationnel. Loin de dépérir, la presse papier s’enrichira et se renforcera grâce au Net si elle apprend a travailler avec lui. Ainsi, savez-vous que le Monde, le Diplo, Marianne ou Libération hébergent des blogs et des contenus passionnants sur leur site ? Ne trouvez-vous pas étrange qu’aucun de ces contenus ne soit repris pas les versions papier ? Moi si. Surtout lorsque ces blogs sont le point de ralliement d’un mouvement social, comme par exemple celui de Science2 (Libération), blog qui a publié des centaines de contributions sur l’avenir de la recherche pendant la grève des enseignants-chercheurs. Elles n’auraient pas leur place dans les colonnes du journal parce que déjà lues sur le Net ? Et alors ! Ces billets seront lus par des lecteurs différents. Et lus différemment sur le papier par les internautes. Le temps de la lecture du papier n’est pas le même que celui de l’écran, les infovores le savent bien. Ils seront d’ailleurs de plus en plus nombreux 2010 à rééquilibrer le nombre d’heures consacrées à la lecture entre papier et écrans. Cela fait partie de mes bonnes résolutions pour l’année nouvelle : éteindre l’ordi et retrouver une activité normale. Plus souvent.
Alors Vendredi dans tout ça ? Je pense que 2010 lui sera favorable. La presse traditionnelle, engluée dans son conservatisme et ses problèmes financiers va se raidir encore un peu plus contre le Net. Les lecteurs seront d’autant plus réceptifs à un journal en phase avec leur univers informationnel, un journal qui ne dresse pas de ligne Maginot entre les contenus de la presse et ceux des sites, des blogs et des réseaux sociaux d’information. Courrier International a été lancé exactement un an après la chute du mur de Berlin. Espérons que Vendredi n’aura pas à attendre que celui de l’information tombe pour préparer son prochain numéro. Nous y travaillons.
Bonne année,
Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de Vendredi hebdo
